Revue Ad hoc : Numéro 3 - La Crise : Association Ad hoc

Dossier central : « La Crise »

Par administrateur-cellam, le 26/11/2014

La négation de la crise, porte ouverte aux conflits

Françoise Felce / Université de Sienne

Résumé : La crise, analysée par Edgard Morin, en 1976, comme « émergence évolutive, lourde d’espoirs et de menaces », a vu, depuis 2008, début officiel de la crise économique mondiale, son champ sémantique se rétrécir considérablement. Elle serait, nous assure-t-on, nécessaire pour pérenniser le système et non pour le modifier. Ce glissement de sens traduit la montée d’un économisme qui soumet tous les domaines de l’existence à une Loi économique, rationnelle et nécessaire à laquelle il n’est de choix que d’obéir. Or, paradoxalement, le refus de la crise comme voie vers le changement risque de devenir la cause d’une violence institutionnalisée et durable. À la violence des symptômes, point de départ vers les soins et la guérison de la maladie risque, en effet, de se substituer celle du malade social.

 

La crise du vivre-ensemble : idéologie et affect dans la critique intellectuelle du multiculturalisme contemporain en France

Nils Voisin Schultz / Université de Copenhague

Résumé : Cet article examine les caractères idéologique et affectif de deux essais écrits respectivement par Alain Finkielkraut et Richard Millet sur la crise actuelle du vivre-ensemble en France. Les deux penseurs critiquent la société multiculturelle, mais alors que pour Finkielkraut cette société est une chance pour la France à condition que le dialogue interculturel soit renforcé et que l’idée d’une culture française y garde sa place, elle reste pour Millet une impossibilité. L’enjeu de l’analyse est de dévoiler la capacité des discours à générer par l’affectivité une peur capable d’intensifier l’argumentation rationnelle de la critique du multiculturalisme.

 

Entre crise et langage : analyse des discours du président Moubarak pendant la révolution Egyptienne de 2011

Ahmed Galal / INALCO

Résumé : La réussite de la révolte tunisienne, qui a lancé le processus révolutionnaire nommé « Printemps arabe », a grandement encouragé celle de l’Égypte. Notre article se divise en deux parties : la première s’intéresse au contenu des trois discours prononcés par le président Moubarak durant dix-huit jours de révolte, tandis que la deuxième consiste en une analyse de leurs structures langagières. Les trois discours s’organisent autour de la menace du chaos et de l’appel au calme. Si le premier témoigne de l’indifférence du président, la coupure entre le peuple et son président y est manifeste. Selon Moubarak, les manifestations sont affaire de ralentissement de la croissance alors que pour les contestataires, il s’agit de la direction qu’allait prendre le pays. Le deuxième discours marque le choix d’un champ lexical à la résonance plus grande pour les Égyptiens, le portrait que dresse le président de lui-même est un exemple pertinent de cette coupure. Enfin, le troisième discours fait pencher la balance en faveur des manifestants et conduit à la chute du régime.

 

Itinéraire d’une crise singulière : Pierre Jean Jouve dans la rupture

Dorothée Catoen-Cooche / Université d’Artois

Résumé: Alors qu’il est âgé d’une trentaine d’années, Pierre Jean Jouve connaît, en 1921, une crise violente, durable et protéiforme. La rencontre avec Blanche Reverchon (et, à travers elle, avec la psychanalyse) modifie considérablement son existence, sa perception du monde et, surtout, sa vision de l’Art. L’auteur comprend la nécessité de se nourrir d’une matière personnelle afin de faire émerger la Poésie et de lui assigner un rôle sanctificateur. Son écriture s’en trouve considérablement modifiée, dans son fond comme dans sa forme : la crise permet la (re)naissance du poète et, à travers lui, de l’homme et du croyant.

 

Crise et survivance : Aby Warburg et la guérison sans nom

Diana Andrasi / Université de Montréal

Résumé :Après avoir vécu divers moments critiques et crises de comportement agressif, Aby Warburg est diagnostiqué en 1918 comme schizophrène. Interné dans la clinique Bellevue en Suisse et traité par le célèbre psychiatre Ludwig Binswanger, Warburg retrouve la raison, d’une manière miraculeuse, après plus de cinq ans d’expérience clinique. En 1923, les troubles psychiques disparaissent tout à fait et la folie maniaque-dépressive s’évanouit comme un rêve. Le présent article met en perspective la relation entre crise en tant qu’état d’exception et survivance en tant que renaissance de la psyché. Le terme warbugien survivance montre un pouvoir stylistique qui va au-delà de la théorie de l’art ou de l’histoire : il exprime le dynamisme de la psyché dans son déplacement d’un état d’exception à l’autre.

 

Crise du sujet et crise des genres dans l’oeuvre de Samuel Beckett

Charlotte Richard / Université Aix-Marseille

Résumé : Représenter l’agonie, cet instant où la vie bascule, cette dernière crise, la plus essentielle et la plus profonde, voilà la tâche que s’est assigné Samuel Beckett dans son second théâtre, mais aussi dans son œuvre romanesque. C’est justement en cherchant à saisir la situation innommable d’une existence qui touche à sa fin, que Beckett participe à un éclatement des frontières génériques. Expérimentant les limites de l’art dramatique et de l’écriture narrative, dans Pas Moi comme dans Compagnie, il place ses personnages face à la mort, les poussant ainsi à une prise de conscience, qui est aussi une véritable crise de conscience.

 

La crise péruvienne en représentation

Nelly André / Université Paris IV-Sorbonne

Résumé : En 1993, la publication du roman d’Oscar Malca, Al final de la calle, initie ce que Velásquez Castro appelle la fiction JUM (Jeune Urbain Marginal), un nouvel univers narratif qui va constituer un topique de la littérature des années 1990 : le monde adolescent urbain marginal de la classe moyenne péruvienne et liménienne. L ‘article analyse les oeuvres de Jaime Bayly (No se lo digas a nadie (1994), La noche es virgen (1997) et Jorge Eduardo Benavides, Los años inútiles (2002), El año que rompí contigo (2003).

 

Comité scientifique pour ce numéro : Clément Auger, Romain Courapied, Aurélie Palud, Daniel Riou

 

 

 
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