Présentation du pôle « Lectures et médiations numériques »

Présentation du pôle « Lectures et médiations numériques »

Sans négliger les enjeux de la création, nous souhaitons concentrer notre réflexion sur les formes de lectures et de médiations propres aux outils et supports numériques. Trois axes se dessinent, chacun d’entre eux étant articulé à un (ou des) travaux de recherche et à des réalisations qui pourront aboutir à court ou à moyen terme.

Numérique et individualisation des parcours

Le premier axe envisage les processus et les dispositifs qui permettent de s’approprier les textes de façon personnelle à travers des parcours de lecture individualisés et des parcours d’apprentissage différenciés, tout en prenant en compte la possibilité pour le lecteur d’évoluer entre ces différents parcours. La réflexion s’articule à un questionnement sur les modes de lecture, en lien avec l’évolution des supports et des stratégies éditoriales.

Nous interrogerons notamment les enjeux de l’édition à travers la publication d’un livre du domaine public enrichi (livre au format ePub3 ou livre applicatif) comprenant des éclairages génétiques, contextuels, linguistiques, intertextuels et « intericoniques ». L’objectif est de proposer une lecture à plusieurs niveaux de la même œuvre : un niveau scientifique et un niveau de vulgarisation scientifique. Exemples : édition d’une anthologie de poèmes de Verlaine ou de récits de Marcel Schwob (Croisade des enfants), ou encore de textes plus anciens (éditions critiques avec traduction). Des projets d’édition de grammaires ou de manuels pour élèves et pour formateurs pourraient également être développés suivant le même principe.

La question de l’individualisation sera prise en compte dans le cadre de l’enquête menée en 2012-2013 en licence professionnelle « Gestion et médiation de ressources documentaires ». Les entretiens réalisés auprès d’étudiants équipés en tablettes pour leur année de formation viseront à analyser l’appropriation d’un nouveau support d’information et de lecture, les modifications que son usage implique dans l’appropriation des textes et la structuration des connaissances.

Analyse des pratiques collaboratives

Dans le deuxième axe, nous aborderons les pratiques collaboratives de lecture et de médiation dans les domaines de la littérature, de la didactique de la littérature et des langues.

Il s’agira de voir en quoi les pratiques collaboratives font évoluer les frontières entre les catégories de l’auteur, du lecteur et du critique. En contexte pédagogique, on étudiera ces tensions entre les catégories de formateur et de formé. On s’intéressera notamment aux enjeux de la lecture sociale, c’est-à-dire de la création de contenus partagés autour des textes littéraires : recommandations, critiques, partages d’annotations… et aux pratiques pédagogiques collaboratives (formation des élèves et des formateurs). Cette  réflexion pourra s’accompagner de la mise en place et de l’analyse d’expériences sur le web (enrichissement collaboratif de textes littéraires, site collaboratif de formateurs).

Réception de la littérature numérique

Le dernier axe est lié à la réception de la littérature numérique. On l’abordera sous l’angle de la sociologie de la lecture et à travers un questionnement sur la littérarité des œuvres.  Le but sera d’étudier les pratiques de lecture et leurs évolutions. La distinction entre la « lecture ordinaire » et la « lecture esthète » sera interrogée dans le contexte d’une lecture numérique.

Un premier bilan de l’offre de littérature numérique française sera effectué dans le cadre de l’enquête menée auprès des étudiants de licence professionnelle, avec pour objectif d’établir une typologie des œuvres  et d’en évaluer à terme l’audience et l’intérêt  littéraire. Les résultats des entretiens pourront apporter des  éléments  de réponse sur le mode d’appropriation des œuvres, les réactions du  lecteur, ses critiques face aux textes numériques. Il s’agira également de se demander dans quelle mesure le passage au numérique fait évoluer les modes d’appropriation des œuvres littéraires. En quoi, par exemple, la linéarité de la lecture est-elle modifiée? Quels sont les effets de l’hybridation et de l’enrichissement des textes, souvent associés à des images (fixes et animées) et à du son? En quoi les nouvelles formes de littérarité induites par le numérique offrent-elles de nouvelles perspectives pour les lecteurs sur les plans interprétatif et esthétique ? La question se posera également de savoir si les catégories critiques doivent être réévaluées à l’aune des nouveaux supports et outils.

Ces axes feront l’objet d’une première journée d’étude en juin 2013 (« Lectures et médiations numériques »).