Présentation

Présentation

Responsables : Emmanuel Buron et Claire Lesage

Fonctionnement

Le groupe romaniste étudie les littératures de langues romanes au cours de la période que les anglo-saxons appellent early modern (de la fin du Moyen-Âge au XVIIe siècle). Il associe des enseignants-chercheurs et des étudiants latinistes, hispanistes, italianistes ou francisants travaillant sur l’Antiquité, la fin du Moyen-Âge ou la Renaissance. Au cours du contrat quadriennal précédent, il s’est principalement consacré à des questions de poétique (le commentaire des textes poétiques ; la construction du livre de poésie). Au cours du contrat 2012-2016, le groupe romaniste envisage quatre types d’activités différentes : il s’agit de poursuivre et d’approfondir la réflexion poétique engagée précédemment dans le sens de ce qu’on pourrait appeler une poétique fondamentale. Le groupe romaniste entend interroger les différentes conceptions du travail poétique impliquées dans les théories littéraires (voir problématique ci-dessous). Ce programme sera décliné en deux problématiques ramifiées qui seront traitées pendant deux ans chacune au cours d’un séminaire régulier (environ une séance mensuelle d’octobre à mai) et d’une journée d’étude par an. Y interviendront des enseignants-chercheurs ou des doctorants (éventuellement des étudiants de master, si leur recherche le permet) du groupe romaniste ou invités. Ces travaux devront aboutir à deux ouvrages collectifs (un pour chaque questions), idéalement ouvrage de synthèse plus que recueil d’actes. Dans le cadre de ce programme, le groupe romaniste pourra organiser une ou deux journées d’étude en collaboration avec les autres composantes du CELLAM dans le cadre de l’axe transversal « Littérature et arts ». La période qui va du XIVe au XVIIe siècles n’est pas usuelle en France. Il y a lieu de conduire une réflexion à la fois historique et réflexive (puisqu’elle engage l’unité du groupe) sur cette période : quelle est sa cohérence dans le champ des littératures romanes ? Ce programme secondaire, sera conduit moins régulièrement que le programme principal, et il donnera lieu à une publication dont la forme reste à déterminer : recueil d’actes ou (plus vraisemblablement ?) à une publication en ligne, selon les ressources dont disposera le CELLAM.

Plusieurs séances hors programme seront organisées chaque année (interventions exceptionnelles d’invités ou d’étudiants avancés qui ne trouveraient pas leur place dans les séances du programme ; séances de travail).

Programme directeur 2012-2016

« Le travail poétique »

Étymologiquement, la poétique est un art de faire mais, paradoxalement, ce terme devient métaphorique quand on l’applique au travail littéraire. L’écrit n’est pas vraiment un objet que l’écrivain fabriquerait. Quelle est sa matière première ? Le langage ? La pensée ? L’image ? Quelles transformations l’écrivain fait-il subir à celleci et pour quel résultat ? Quelle est la nature de l’effort engagé ? Chaque théorie poétique répond plus ou moins à ces questions, c’est-à-dire qu’elle définit les modalités de ce « faire » insaisissable, en assimilant ou au contraire en distinguant le travail de l’écrivain des autres formes de l’activité humaine. On peut ainsi comparer — la métaphore est courante à la fin du Moyen-Âge — l’écrivain à un artisan ou le dire « créateur », mot aujourd’hui banal qui rapproche le travail artistique de la production divine : ces analogies déterminent des paradigmes métaphoriques qui engagent in fine une conception de l’écrivain, de son travail et de l’oeuvre qu’il produit, du rapport de l’écrivain et de son oeuvre avec la société, du mode d’efficacité de son action. Au cours du prochain quadriennal, le groupe romaniste entend examiner les paradigmes concurrents au seuil de l’âge moderne, ceux qui disparaîtront et ceux qui subsisteront, mettant ainsi en place des représentations qui déterminent aujourd’hui encore notre conception du travail littéraire. Plus précisément, deux questions nous occuperont successivement :

1- Le paradigme artisanal (2012-2014)

A la fin du Moyen-Âge en France, il est courant de représenter la tâche de l’écrivain à partir du paradigme métaphorique du travail artisanal. D’une manière plus ou moins précise, le travail littéraire est rapproché d’activités manuelles artistiques ou non, de pratiques d’élaboration ou d’évaluation propres aux oeuvres matérielles. Il semble en outre que ce paradigme artisanal s’estompe rapidement au début de l’époque moderne, pour ne subsister qu’à l’état de traces ou de vestiges dans les poétique modernes, reposant sur une conception beaucoup plus intellectuelle du travail, voire sur une occultation du travail.

Il s’agit donc d’examiner le développement et les enjeux de ce paradigme : avec quels métiers l’analogie s’établit-elle ? Est-ce la nature du travail ou la qualité du produit qui la justifie ? Tous les métiers sont-ils équivalents ? Existe-t-il un lien, et lequel exactement, entre ce paradigme artisanal et une conception rhétorique plus que poétique du travail littéraire ? L’enquête portera aussi sur les modalité de mise en oeuvre de ce paradigme et sur sa chronologie (jusqu’à quand vaut-il ? quel est l’influence de la littérature antique ?). Il s’agira aussi de mesurer les limites de son extension ou de sa pertinence en repérant les paradigmes concurrents. Deux pistes d’enquête complémentaires s’ajouteront à cette perspective première :

• il s’agira d’enquêter sur le sens, l’histoire et la valeur exactes de certaines notions critiques pour le sujet, comme celle d’« art » ou d’« oeuvre », qui supposent un travail (un art, c’est une procédure pour accomplir un travail selon des règles ; mais il y a des « arts libéraux », qui orientent déjà ce travail vers une opération intellectuelle) et une sublimation du travail, telle que le résultat semble transcender, voire occulter le travail qui l’a produit.

• il s’agira aussi de comprendre comment on a pensé et représenté le travail et le monde du travail au début de l’époque moderne. Le travail est-il ou non valorisé ? Renvoie-t-il à des groupes sociaux particuliers ? Comment sont organisées les hiérarchies dans les représentations du monde du travail ? Cette enquête portera moins sur la réalité que sur les représentations du monde du travail à travers les oeuvres littéraires : cette sociologie littéraire est indispensable pour comprendre les enjeux de la métaphorisation artisanale du travail poétique.

2- Former : forme et formation (2014-2016)

Dans les deux années suivantes du contrat, il s’agira d’approfondir un des champs notionnels les plus fréquemment associé au travail du poète. Son activité consisterait à former : son texte tout d’abord — et pour le vérifier, il faut interroger les différentes conception de la forme poétique — mais aussi son lecteur, avec lequel il peut entrer dans une relation de formation. Entre travail plasmateur, modelage plastique et visée didactique ou pédagogique, les dérivés de former dessinent un vaste champ au sein duquel le travail d’élaboration de l’oeuvre s’articule à une ambition plus intellectuelle. Grossièrement parlant, ce champ sémantique esquisse l’espace d’une poétique humaniste. Cette conception du travail littéraire comme activité formatrice permet de réévaluer certaines pratiques d’écriture, comme l’imitation, opération essentielle de l’écriture du temps. Une problématique seconde, consacrée au travail de l’imitation : forme et matériau, s’attachera à le montrer. En effet, l’imitation peut se concevoir comme extraction hors d’un corpus premier d’une forme ou d’un modèle auquel il s’agit de conformer un texte nouveau ; ou bien elle fonctionne comme réemploi. Un fragment textuel est alors réduit à l’état de matériau, arraché d’une forme première pour être intégré à une seconde.

Programme du Séminaire 2016