Appels à contributions
La notion de matière littéraire au Moyen Âge
Lieu Poitiers, les 12 et 13 mars 2015 ; Rennes, les 21 et 22 mai 2015Contact Christine Ferlampin-Acher : [email protected], et Catalina Girbea : [email protected]
Colloque international organisé par le CELLAM-CETM (université Rennes 2), le CESCM (université de Poitiers), avec le concours de l’Institut Universitaire de France. Vous pouvez télécharger l’appel à contribution en cliquant ici.
Tous les médiévistes ont un jour cité Jean Bodel :
« Ne sont que .III. matieres a nul home antandant :
De France et de Bretaigne et de Rome la grant. »[1]
ou Chrétien de Troyes :
« Del Chevalier de la charrete
Comance Crestïens son livre,
Matiere et san li done et livre
La contesse et il s’antremet
de panser […] »[2].
Pourtant la lecture de bien des textes soulève des questions du type de celle que pose M. Szkilnik dans L’Archipel du Graal : « Si Jean Bodel avait lu l’Estoire del Saint Graal, à quelle matière l’aurait-il rattachée ? »[3], d’autant plus que la fin du Moyen Âge semble pratiquer ce que Richard Trachsler appelle « l’interférence des matières »[4].
On s’interrogera sur la fréquence en ancien et moyen français des emplois de ce mot matiere (voire de ses équivalents en latin médiéval et dans d’autres langues). On questionnera la métaphore qui sous-tend ce terme matiere (ainsi que le latin materia, voire ses équivalents dans d’autres langues médiévales). Qu’est-ce qu’une matière pour un théologien, pour un auteur d’encyclopédie, pour un médecin ? L’apport de l’histoire des sciences pourrait se révéler important pour comprendre la métaphore sous-jacente à l’emploi littéraire.
Cet emploi littéraire devra être explicité. Quelle est la relation entre la matiere d’un objet et celle d’un texte ? Qu’est-ce que la matiere d’un texte médiéval ? Dans quelle mesure, dans quelles perspectives, le terme se décline-t-il dans les débuts de la théorie littéraire[5] ? Le mot semble avoir plusieurs acceptions, qu’il s’agira de cerner, soit à l’intérieur d’une œuvre isolée, ou d’un corpus (autour d’un même auteur, d’un même « genre »…). En quoi les divers emplois du mot matiere peuvent-ils être éclairés par la notion littéraire ? Que désigne le mot par exemple dans Ici avroit asés a dire, / Mais n’afiert pas a ma matire[6] ? De même quel est le sens de matire dans Qui bien trueve pleins est d’ire/ Quant il n’a de matire point[7] ?Quels sont les équivalents de matiere et les termes associés? Des approches sémantiques s’imposent.
À l’image du texte comme tissu se superpose nécessairement celle du matériau, voire du bois de charpente. Nous comprenons le texte comme tissu[8], mais qu’implique le terme matiere ? Comment la matiere s’articule-t-elle avec les notions de sen et conjointure que Chrétien de Troyes lui associe ? La matière semble désigner un matériau préexistant, des sources qu’il s’agit de mettre en forme, d’ordonner et proposer sous une nouvelle forme, aussi bien que le résultat, la production[9]. Les arts poétiques, les prologues, épilogues, et interventions de l’auteur pourront par exemple être mis à contribution, pour voir à quels moments privilégiés des textes et comment l’écrivain évoque sa « matière ». Matiere dans cet emploi, que l’on retrouve en français moderne, est un élément constitutif de tout texte, littéraire ou non, dont la valeur doit être précisée. Quelles approches théoriques sont-elles pertinentes pour aborder cette notion ? Comment articuler la notion de genre ? Comment s’opère l’articulation de la matiere à l’intertextualité ? Quel est l’apport des théories de la réception et des théories de la fiction[10] ? Dans quelle mesure la « transfictionnalité » élaborée par Richard Saint-Gelais[11] permet-elle d’appréhender les pratiques médiévales ?
On pourra s’interroger, à partir de la citation de Jean Bodel, sur la validité de cette répartition en trois matieres. Où la rencontre-t-on ? Quel est son champ d’applications ? Quelle est sa fréquence ? A-t-elle des variantes ou des formes concurrentes ? Dans quelle mesure rend-elle compte de la production littéraire, du XIIe au XVe siècle ? L’ « interférence des matières » n’est-elle qu’une dérive tardive ? On se posera finalement la question de savoir si la formule de Jean Bodel n’a pas faussé la perspective des médiévistes. L’attrait qu’exerçait sur la pensée médiévale la tripartition a pu inspirer à Jean Bodel ce trio de matière. Si la notion de matiere est pertinente, on pourra alors s’interroger sur l’existence d’autres matières. Dans quelle mesure existe-t-il une matière renardienne ? Peut-on parler de « matière de Guillaume »[12] ? Peut-on parler d’une matière biblique ou de Judée ?[13]
L’empan de ce questionnement est particulièrement vaste : on privilégiera les communications questionnant la notion de matière, le sujet n’étant pas la suite de la citation de Jean Bodel, à savoir les caractéristiques de trois matières. Le but de ces rencontres n’est pas de discuter le côté vain ou plaisant de la matière de Bretagne, ou le sérieux de la matière de Rome, mais d’évaluer la pertinence herméneutique à la fois du terme matiere et de la répartition bodélienne. Ce point implique de s’interroger sur les caractéristiques des trois matières, mais le problème ne sera pas de savoir si tel ou tel texte appartient à la matière de Bretagne ou de Rome, mais de voir si ces matières constituent vraiment un horizon littéraire, tout au long du Moyen Âge ou à un moment donné. Il serait également intéressant d’interroger la pertinence de la tripartition bodélienne pour d’autres littératures : a-t-elle influencé la littérature médiévale allemande, par exemple ? Quel équivalent avait-on en ancien allemand pour désigner la matière, sachant que stof signifie « coupe » (Lexer, 1216) et que le moderne Stoff, qui désigne la matière, est probablement un néologisme emprunté du français « étoffe », les représentations de la matière et du tissu étant en l’occurrence superposées (Adelung, 397).
De même, malgré les exemples fondateurs qui basent la réflexion sur les textes des xiie et xiiie siècles, il faudra explorer la façon dont des périodes plus tardives et d’autres genres (théâtre, lyrique, didactique) emploient et infléchissent ce mot.
Les champs suivants sont donc proposés à la réflexion, sans limitation :
Approche lexicale : domaines d’emploi et sens du mot matiere. Configurations sémantiques du mot ; changements de sens lors du passage du latin vers le français (ou dans le sens inverse) ; est-ce le français matiere qui conditionne le sens du latin materia dans les arts poétiques, ou l’inverse ? Quels sont les équivalents du mot dans d’autres langues ?
Valeurs et enjeux de l’emploi métaphorique du terme en littérature : à quelle conception du travail d’écriture et du rapport aux sources et aux genres le terme matiere renvoie-t-il ?
Approches théoriques : Matiere et genres littéraires, matiere et théorie de la réception, Matiere et intertextualité, matiere et théories de la fiction, matiere et transfictionnalité… Articulations des approches.
Délimitation et interférences des matières. Emplois du terme matiere en dehors du champ narratif. Si les citations de Jean Bodel ou Chrétien ont souvent conduit à ce que matiere soit employé dans le champ narratif, l’emploi, très large, du terme invite à explorer d’autres genres de la littérature médiévale.
Le poids de la tripartition des matières dans l’histoire de la critique : quelle est la pertinence de la tripartition mise en avant par Jean Bodel ?
Les propositions sont à transmettre à Catalina Girbea et Christine Ferlampin-Acher avant le 1er septembre 2014.
Catalina Girbea [email protected]
Christine Ferlampin-Acher [email protected]
Merci d’indiquer votre nom, votre institution d’appartenance, votre adresse électronique, et de présenter un titre et un résumé (entre 10 et 20 lignes).
Comité scientifique :
M. Aurell, C. Ferlampin-Acher, Cl. Galderisi, C. Girbea, D. Hüe, F. Pomel.
[1] Chanson des Saisnes, éd. A. Brasseur, Genève, Droz, TLF, 2 vol. , v. 6-7.
[2] Le Chevalier de la charrette, éd. Ch. Méla, Paris, La Pochothèque, 1994, v. 24-28.
[3] L’archipel du Graal. Étude de l’Estoire del Saint Graal, Genève, Droz, 1991, p. 111.
[4] Disjointures–conjointures. Étude sur l’interférence des matières narratives dans la littérature française du Moyen Âge, Tübingen et Basel, Francke, 2000.
[5] Cf. Ülrich Mölk Les Débuts d’une théorie littéraire en France, anthologie critique, Classiques Garnier, 2011
[6] Première Continuation du Conte du Graal, éd. W. Roach et trad. C.-A. Van Coolput-Storms, Lettres Gothiques, 1993, v. 7542-7543.
[7] Huon de Méry, Le Tournoi Antechrist, éd. Georg Simmer, Orléans, Paradigme, 1994, v. 1-2.
[8] R. Wolf-Bonvin, Textus. De la tradition latine à l’esthétique du roman médiéval (Le Bel Inconnu, Amadas et Ydoine), Paris, Champion, 1998
[9] Douglas Kelly, The Art of Medieval French Romance, Madison, The University of Wisconsin Press, 1992.
[10] Par exemple Th. Pavel, Univers de la Fiction, Paris, Seuil, 1988.
[11] Fictions transfuges. La transfictionnalité et ses enjeux, Paris, Seuil, 2011.
[12] C. Ferlampin-Acher, Guillaume d’Angleterre et Guillaume de Palerne : le nom de Guillaume, un indice de parodie ? » communication au XIVe Congrès international de la Société Internationale de Littérature Courtoise, Lisbonne, 22-27 juillet 2013.
[13] C. Girbea, Le Bon Sarrasin dans le roman médiéval (1100-1225), Paris, Classiques Garnier, sous presse.
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Programme
Merveilleux, marges et marginalité dans la littérature et l’enluminure profanes en France et dans les régions septentrionales (XIIe – XVe siècle).
Lieu Lille - RennesContact [email protected] ; [email protected]; [email protected]
Le merveilleux médiéval est l’objet de différents essais de catégorisation de la part des chercheurs, littéraires ou historiens. Jacques Le Goff notamment distingue le merveilleux non chrétien (mirabilis) du miraculeux divin (miraculosus) et du surnaturel satanique (magicus). Dans le cadre de ces journées d’études, le concept de merveilleux est entendu dans sa dimension profane comme un objet, un être, une situation, un phénomène visuel littéralement extraordinaire et irrationnel, divergeant des valeurs de référence du lecteur. Il provoque un bouleversement de l’ordre naturel des choses et cause une réaction spécifique : l’étonnement.
La question du lien entre merveilleux et spiritualité a déjà été débattue, les motifs merveilleux et la question des genres ont de même été abordés, et la problématique de la poétique du merveilleux a donné lieu à une réflexion riche bénéficiant des études approfondies de Christine Ferlampin-Acher et de Francis Dubost . Le rapport du merveilleux aux marges, concrètes ou abstraites, dans les textes et les manuscrits enluminés médiévaux mérite une étude plus spécifique. Comment le merveilleux s’inscrit-il et s’exprime-t-il dans la marge, comprise à la fois dans un sens littéral (ce qui est dans la marge) et dans un sens figuré (ce qui est en marge) ?La littérature profane et son illustration, qui se développent particulièrement entre les XIIe et XVe siècles, dans le royaume de France et les régions septentrionales du monde occidental, constituera notre objet d’étude privilégié. La représentation du merveilleux a été peu étudiée car les travaux portant sur ce sujet émanent principalement de chercheurs en littérature. Pourtant, celui-ci étant par essence indicible et fondamentalement lié à la vue, une approche iconographique s’avère nécessaire : dans quelle mesure et par quels moyens figuratifs et conceptuels le merveilleux est-il représentable ? Il s’agira d’une part d’étudier la figuration des lieux, des personnages et des objets merveilleux dans les miniatures et initiales enluminées, et la façon dont leur caractère marginal est signifié dans l’image. D’autre part, nous nous intéresserons au développement de thèmes et motifs merveilleux dans les marges des manuscrits profanes, les recherches s’étant concentrées jusqu’à présent sur les manuscrits sacrés. Il semble également important d’étudier conjointement les évolutions de la représentation du merveilleux dans la littérature et dans l’iconographie ainsi que l’influence de l’histoire des mentalités sur le travail des enlumineurs et les auteurs.
Ces journées d’études entrent dans une démarche interdisciplinaire, réunissant autour d’un axe de recherche commun littéraires, historiens et historiens de l’art. Elles relèvent d’un partenariat entre deux laboratoires de recherche, le CETM (Rennes 2) et l’IRHiS (Lille 3). Elles se répartissent en deux volets chronologiques qui correspondent aux grandes tendances et mutations du merveilleux littéraire et iconographique au Moyen-Âge. Une première journée, à Lille, portera sur l’épanouissement aux XIIe et XIIIe siècles du merveilleux dans la littérature et l’iconographie profane. La seconde journée, à Rennes, s’intéressera au renouvellement, dès la fin du XIIIe siècle, d’une topique épuisée par une production pléthorique. Ces journées auront lieu le jeudi 16 octobre 2014 à Lille et le jeudi 27 novembre 2014 à Rennes.
Vous êtes invités à envoyer vos propositions avant le 30 janvier 2014 aux adresses suivantes :
[email protected] ; [email protected] ; [email protected]
Vos propositions ne devront pas excéder 300 mots. Vous trouverez ici ainsi que sur le site de l’IRHiS une présentation complète du projet et quelques indications bibliographiques.
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Pas de programme
La critique de jazz, appel à communication
Genres, régimes d’écriture, médiums, figures
Lieu Paris 7Contact [email protected] ; [email protected]
Université Paris 7, UFR L.A.C.
6-7 février 2014
Coordination :
Timothée Picard (Rennes 2, CELLAM, Phi/IUF) & Yannick Séité (Paris 7, CERILAC)
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Programme


